Imparfaite humanité

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Visage maquillé. Corps caché, recouvert de vergetures. Fêlures. Imperfections partout, tout le temps. Insatisfactions, regards de reproches. Et si simplement j’apprenais à t’aimer?

Cher corps,

voilà vingt années que nous vivons, grandissons, apprenons ensemble. Je t’ai haïs, ignoré, adoré. J’ai pleuré en te regardant dans le miroir, tu ne correspondais pas à l’image que je voulais de moi, que je voyais dans les journaux; à ces idéaux qu’on m’a vendus. Puis je t’ai aimé, à la folie, j’ai tournoyé sur moi en voyant que j’étais passée du 40 au 34. Il suffisait de cesser de manger. C’était facile, c’était beau et j’étais insouciante. J’ai eu de la chance, j’étais entourée de gens qui faisaient attention à ces choses-là. Je n’ai pas basculé du mauvais côté, j’étais au bord du précipice et on m’a pris par la main.

Alors mon corps, tu as repris des rondeurs. La puberté les a rendues différentes, cela a été plus facile de vivre avec toi. Vivre avec toi, au quotidien.

C’est si dur de concilier ces flots de pensées incessants et ce corps avec qui j’avance à tâtons. À ce moment de ma vie, où tout n’est que remise en question, tu restes là. En bonne santé, pilier de mes journées, tu tiens la route, tu m’aides à ne rien lâcher. Longtemps je t’ai cru faible et pourtant, tu navigues droit, contre vents et marées. Tu es épuisé par tout ce que je t’impose. Tes cris d’alarme, je les entends.

Tu m’as montré mes limites, mais aussi mes capacités. Tu es solide et incroyablement sensible. Tu vacilles et pourtant tu te montres si fort. Tu es la contradiction incarnée. Merci pour cela. D’être en santé, de me permettre d’écrire et de penser. De me permettre de dessiner et de voir. Merci de me laisser courir, crier, pleurer, rire, pensée, me tordre, vivre.

Cher corps, tu es mon seul navire et notre voyage est tumultueux. Pardonne moi mon imparfaite humanité, je travaille à te pardonner la tienne. C’est la vie qui bat dans nos veines, merci de me rappeler l’importance de la mienne.

 

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Tête baissée, regard éteint, je te vois éviter de croiser ton corps dans la vitre du métro. Regarde-toi, tu es en vie. Peut-être serait-il temps qu’à ton tour, tu apprennes à t’aimer?

Pardonnons-nous notre imparfaite humanité.

A très vite,

 

Jeanne

photographie Argentique, par Léo-Paul Grellier ( L_grel sur instagram)

 

6 commentaires sur “Imparfaite humanité

  1. Aucun corps n’est parfait. D’ailleurs, c’est quoi la perfection, pour un corps ?
    Tu es jolie et les photos de Léo-Paul le confirment.
    Belle soirée.

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