Carte Blanche pour Tomás Saraceno

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Mon premier choc esthétique* date certainement d’une sortie scolaire au musée d’Orsay lorsque j’étais encore à l’école primaire. C’était ma première rencontre directe avec les impressionnistes. Je me revois encore, éblouie par les Nymphéas de Monet et, surtout, bouche-bée devant les Raboteurs de Parquet de Caillebotte.

C’est ce tableau qu’il me reste: la tension des muscles des corps et ce parquet brillant, éclairé par la fenêtre du fond de la pièce. C’était pour moi une scène vivante, mouvante. J’aurais presque pu sentir l’odeur du cirage et voir les particules de poussière voler dans les airs. C’était mon premier rêve de Paris, mon premier coup de foudre avec la peinture. Comme si je chutais indéfiniment dans les profondeurs de la toile.

À 10 ans, tu ne sais pas encore que ce sont ces moments-là qui sont déterminants.

Ensuite je ne me souviens plus. J’ai aimé l’art, la peinture, la sculpture, mais rien ne m’a plus heurté aussi fort que ces raboteurs. Je n’étais pas indifférente, bien au contraire. Mais plus jamais touchée au point de sentir mon cœur exploser. Puis je suis arrivée à Paris : étudiante en lettres et surtout en Arts, j’ai de nouveau pu ressentir ces micros coup de foudre qui restent indélébiles, qui vous font rencontrer l’oeuvre dans sa part la plus intime tant que votre propre confort intérieur semble être détruis en miettes.

Plus j’apprends à découvrir l’univers de l’art, plus je suis à la recherche de ce mouvement d’être face au monde qui m’entoure. Comme une étoile qui file dans le ciel, c’est difficile de saisir la substance vibrante de toutes les œuvres que je croise. Mais parfois, sans crier gare, je me retrouve comme mise à nue, vulnérable et envoûtée, par cet objet, cette toile, ce lieu. Tout est susceptible de me heurter. Ce week-end, c’est arrivé.

C’était au palais de Tokyo, presque trois ans après ma première visite des lieux. Ce n’était pas une œuvre, mais toute une exposition : celle qui donne actuellement, et jusqu’au 6 janvier 2019, carte blanche à l’artiste Argentin Tomás Saraceno. Exposition intitulée On air.

Avec moi l’art contemporain, c’est tout ou rien. Soit il me laisse tout à fait indifférente soit il me prend littéralement aux tripes.

L’exposition ne m’est pas apparut comme une nouvelle démonstration de force de l’artiste, du point de vue des installations énormes qu’il a déjà été capable de mettre en place par le passé. Ici, il propose quelque chose de bien plus discret, d’intime et c’est là qu’est le coup de maître. Tout tourne autour de la finesse du travail des araignées, de l’air et de questions écologiques: fondations établies du travail de Saraceno. Il s’agit d’une balade sonore et onirique, véritable concert de vibrations magiques, dans des salles peu éclairées, qui dialoguent avec les visiteurs, comme leur murmurant des secrets.

L’exposition entière m’a touchée, heurtée et fait voyager, tant que je projette déjà d’y retourner avant qu’elle ne soit définitivement remballée. Allez y. C’est une exposition qui se vie, s’apprivoise et s’appréhende. C’est exactement pour ce genre de rencontre que je ne me lasserais jamais d’apprendre l’Art.

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Pour de plus amples informations concernant cette exposition je vous invite à directement vous renseigner sur le site du Palais de Tokyo.

* choc esthétique: « Un choc est un heurt violent entre deux solides ; c’est également, au sens esthétique du terme, une rencontre intrusive, presque tactile, entre une œuvre plastique, ou musicale, et une sensibilité réceptrice. L’effet produit est comparable à un coup de fusil, qui frapperait le spectateur en plein cœur, qui le blesserait, voire le tuerait. » Définition venue du site suivant, dont je vous conseille fortement la lecture de l’article.

Et toi, as-tu déjà vécu un choc esthétique?

A très vite,

Jeanne
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3 commentaires sur “Carte Blanche pour Tomás Saraceno

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