Ecrire le Monde

Ercire pour décrire, comprendre, imaginer, guérir, adoucir….

« Maman!? »

C’est un appel qui résonne dans le couloir:
« Maman? »
Répété, insistant, à la fois interrogateur et suppliant, comme une enfant qui jouerait à cache-cache depuis trop longtemps. Qui commencerait à s’inquiéter.
« Maman? Où es-tu? Montre-toi ! »
Juste avant les larmes, juste avant la panique, l’angoisse palpable, l’estomac noué.

Ce sont surtout les femmes, qui appellent leur maman.
Elles ont soixante-quinze, quatre-vingt, parfois plus de quatre-vingt-dix ans, et elles appellent leur maman.
Elles cherchent un repère, elles veulent être rassurées.
Elles sont perdues dans un endroit qu’elles ne reconnaissent pas, entourés de gens qu’elles ne reconnaissent pas et qui pourtant connaissent leur nom, leur parlent comme si tout était normal.
Elles cherchent du réconfort, elles veulent être consolées. Elles ont mal au bras, au dos où à la jambe, elles ne savent pas pourquoi, même si certaines feignent de se rappeler quand on leur dit d’un air entendu qu’elles se sont cassé quelque chose et se sont fait opérer. Tout est bizarre, est-ce que c’est un rêve ? Un cauchemar ? « Maman ! J’ai fait un cauchemar ! »

Quelle puissance, ce lien qui nous lie à nos mères. Pour que dans nos vieillesses, quand les visages des enfants rappellent vaguement quelque chose, pas toujours, que les maris soient oubliés, pour que, quand tous les repères s’effacent, quand le temps se mélange, il ne reste que cet appel en quête de sécurité : « Maman ?! »
Qui sont-elles ces mères? Etaient-elles meilleures que les autres ? La relation fût-elle si simple ? Probablement pas. Mais c’est l’appel du petit enfant, pas de l’adulte, ni même de l’adolescent. C’est presque comme les tous premiers « maman ! » balbutiés, qui serrèrent le cœur de leurs mères, d’un mélange d’amour, de fierté et de reconnaissance. On revient au début. La sécurité, l’inconditionnelle présence c’est Maman. Peu importent les défaillances, les désaccords, les reproches qui seront venus après. A la fin c’est la maman du début qu’elles appellent, celle qui sait toujours quoi faire, comment soigner, quelle chanson chanter, quel plat cuisiner pour mettre du baume au cœur. Unique. Irremplaçable. Pour chacune, indiscutablement, la meilleure maman du monde.

Si ce n’est qu’aujourd’hui elle ne répond pas. Alors elles appellent encore.

 » Maman ! »

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