Ecrire le Monde

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Vent debout

Vent debout et debout face au vent.

Le vent qui nous coupe le souffle, nous arrache quelques larmes. Debouts face à la mer qui gronde, qui enfle, qui roule, qui éclabousse de sa force formidable. Ensembles, main dans la main. Unis en chaîne humaine, fragile et dérisoire face aux éléments déchaînés. Dessinant le trait de côte d’il y a cinq ans. De l’histoire ancienne. Nos pieds bottés sont bientôt immergés jusqu’aux chevilles. Le nouveau trait s’étire derrière nous. Il recule chaque année, de plus en plus. Cela ne se voit pas vraiment, c’est la plage, la mer monte et descend, toujours en mouvement, jamais immobile ni figée. Et pourtant. Cela se voit, ça crève les yeux. Le bout de falaise s’érode et s’éboule, la rue derrière est inondée à chaque marée un peu forte, tous les deux mois quand elle l’était deux fois par an auparavant.

Quand on ne veut pas le voir c’est facile de prétendre que tout va bien, que rien n’a vraiment changé. C’est pour cela que nous sommes là, sur ce trait de côte d’il y a cinq ans. La technologie n’empêche pas l’eau de monter, mais elle nous permet de mesurer, et d’objectiver que oui, la mer monte. Les journalistes sont là, prennent des photos de ces manifestants silencieux et graves. Ils ne scandent pas de slogan, ils sont le slogan. Ils matérialisent de leurs corps le changement qui s’opère. Leurs corps face à la mer, en plein vent ne sert qu’à cela. Ils ne sont pas stupides, ils savent que leurs corps face à la marée n’opposera aucune résistance, ne feront pas reculer l’eau, les vagues et leurs embruns. Ils veulent juste montrer. Pour qu’on ne puisse pas prétendre que rien ne change vraiment.

Ils sont là, main dans la main. Vent debout face au vent et aux vagues.

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